J'avais promis de vous présenter d'autres auteurs de chez Chloé des Lys. Après vous avoir parlé de Bob et de ses contes bizarres, voici
venu le tour de Dominique Leruth et de ses "Petits contes cruels pour mal dormir" ... Tout un programme ! Rien que le titre vous donne des frissons dans le dos !
Même si mes lectures ont dépassé depuis longtemps la Comtesse de Ségur, je n'en suis pas à lire du Stephen King ... Je ne suis pas (trop) couillonne
de nature, mais bon, je ne cherche pas non plus à ne pas fermer l'oeil de la nuit ... C'est donc avec circonspection que j'ai entamé la lecture du livre de Dominique ... Le premier soir,
j'ai regardé en dessous de mon lit avant d'aller dormir; le deuxième soir, j'ai refusé d'éteindre ma lampe de chevet; le troisième soir, j'ai obligé mon cher et tendre à venir dormir en même
temps que moi et à m'entourer de ses bras musclés; le quatrième soir j'ai posté un pit-bull à la porte de ma chambre (à l'extérieur de la pièce, pas folle la guêpe !); le cinquième soir ...
Non, je rigole, j'ai pas eu le temps d'acheter un chien car le troisième soir, le livre était déjà dévoré et en bonne voie de digestion ! Bon, et alors ? Bien dormi ? Meuh
oui, même pas peur !
Il faut bien l'admettre : Dominique cultive l'art du suspens et de l'étrange, enrobé dans un vocabulaire recherché et chantant juste à l'oreille, faisant resurgir de temps à autre des mots
oubliés et pourtant si jolis. Jugez plutôt : voici un extrait du conte "Les manies du docteur Steiner" ...
Le tic-tac méticuleux de la grande horloge suisse martelait avec rigueur l'existence du docteur Steigner. Bien droite, adossée au mur du salon, elle trônait dans le
silence avec la raideur due à son rang. De marque ..., quelle importance, quand on est suisse, horloge de surcroît, on ne s'embarrasse pas de ces desiderata mesquins. On est horloge
et fière de l'être, de son état et de son bon droit à diriger la vie austère des humains esclaves du temps. On tintinnabule à heures fixes, on trace d'un bras décidé les minutes à la
perfection et l'on joue les métronomes à coups de secondes précises. Pas de tohu-bohu dans une tête de trotteuse. Pas de tics, rien que du tact. Les aiguilles trottent,
trottent, du matin au soir, du coucher au lever, sans s'arrêter, sans même s'essouffler.
Le docteur aimait cette grande martiale qui le tarabustait tendrement tout au long du jour. Cette compagne le veillait
même la nuit, il en était certain, faisant plus sourd le tambourinement de son coeur pour ne pas l'éveiller, rendant plus suave la mitraille de sa vitalité naturelle pour permettre à l'homme de
reprendre les forces nécessaires à sa fragile mécanique interne.
Que ne possédait-il ces rouages si parfaits, ces éléments inaltérables aux morsures du temps ?
...
Les "Petits contes cruels pour mal dormir" vous emmèneront dans un univers fantastique, parfois sordide, parfois perfide, virant du
gris au noir, vous faisant battre le coeur un peu plus vite qu'il ne le faudrait. Un mélange de frissons et de suspens savamment dosé.
Méchante, Dominique Leruth ? Dites-le lui, elle adore ça ! ;-)
Pour découvrir son blog, cliquez sur la couverture du livre.
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