Le haut-parleur grésilla. Après quelques crachotements, on entendit clairement : « Soldat Kaël Balcaen, dans le bureau du Commandant ! Immédiatement ! ».
- Ne me dis pas que c’est pour l’histoire de tout à l’heure ! s’indigna Arnaud.
- J’espère bien que non, répondit Kaël, un brin d’inquiétude dans la voix.
- Entrez !
- Repos soldat, lui dit l’homme en face de lui, la cinquantaine bien sonnée et la veste bardée de décorations. Asseyez-vous !
- Soldat Balcaen, commença le Commandant, ce n’est pas de gaieté de cœur que je vous ai fait venir !
- Votre père vient de téléphoner. Mauvaise nouvelle, je le crains …
- Je déteste annoncer de mauvaises nouvelles, comme tout le monde je suppose … continua le Commandant. Il toussota puis lâcha la terrible annonce, comme un avion lâche sa bombe sur une ville :
- Votre fiancée a eu un grave accident de voiture cette nuit. Elle est à l’hôpital dans un état critique.
Tout d’abord, Kaël ne réagit pas. Il entendit comme un sifflement et visualisa la bombe qui tombait du ciel. Il se retint de lever la tête pour regarder. Puis, la bombe éclata, lui pulvérisant le cœur. La douleur lui fit monter les larmes aux yeux ; de toutes ses forces, il tenta de les retenir, il ne voulait pas perdre la face devant cet homme imposant, mais sa peine fut la plus forte. Avec tact, le Commandant se leva et lui tourna le dos, regardant par la fenêtre. Ce n’était pas la première fois qu’il avait à annoncer ce genre de nouvelle catastrophique et chaque fois, son cœur de père et de grand-père était mis à rude épreuve. L’armée était parfois dure et même cruelle, et il avait un rôle important à y jouer ; il se devait de donner une image d’autorité à laquelle il ne pouvait pas se soustraire. C’était d’autant plus dur quand les jeunes hommes dont il avait la charge, comme ce jeune Kaël, l’émouvaient dans leur désarroi. Toujours en regardant par la fenêtre, il s’adressa à lui en essayant de donner un ton rassurant à sa voix :
- Bien sûr, je vous accorde une permission spéciale pour aller voir votre fiancée.
- Quand puis-je partir, mon Commandant ? demanda-t-il.
- Votre permission prend effet à cet instant. Je vous veux de retour pour mardi matin, 8h précises.
- Merci mon Commandant.
- Rompez soldat, lui répondit celui-ci.
- Soldat Balcaen !
- Oui Commandant ?
- Courage !





















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